Il faut tout d’abord reconnaitre que cet album est un très bel objet. Un grand format presque carré, un papier très agréable au toucher, une couverture avec un beau vernis sélectif et de belles pages de garde à l’ancienne, bref, une vraie réussite au plan éditorial qui vaut bien son prix, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde de l’édition jeunesse.
On aime...
Le dessin de Benjamin Lacombe, toujours aussi doux et précis, poétique et original. Certaines pages sont même assez ingénieuses, notamment celles qui, en noir et blanc, alternent avec la couleur. Les jeux de hors cadres de quelques pages introduisent une pause bienvenue dans le rythme un peu monotone de l’alternance texte/illustration.
On regrette...
Justement cette monotonie de l’alternance texte/illustration. Pour un conte aussi célèbre que Blanche-Neige, on aurait aimé une plus grande originalité, ici on a parfois l’impression que texte et image sont nettement séparés, les dessins de Benjamin Lacombe constituent de magnifiques tableaux mais qui se passeraient volontiers du texte.
La réécriture du conte
On regrette aussi le parti pris de l’adaptation de Suzanne Kabok qui fait de Blanche-Neige une toute petite fille. Là où les frères Grimm présentent Blanche-Neige comme une jeune fille de dix-sept ans [1], la version des éditions Milan lui donne sept ans. Comment expliquer que Blanche-Neige parte épouser le prince alors qu’elle n’a vraisemblablement qu’une dizaine d’années dans le conte ? D’ailleurs les illustrations de Benjamin Lacombe ne prêtent pas à Blanche-Neige l’apparence d’une femme. L’arrivée d’un prince très barbu accentue encore ce décalage étrange.

Cette nouvelle adaptation de Blanche-Neige s’avère donc un peu décevante sur le fond puisqu’elle occulte toute la dimension du conte initiatique féminin qui montrait justement l’évolution de Blanche-Neige jusqu’à son mariage. En revanche les dessins de notre illustrateur préféré sont comme toujours, à leur meilleur niveau et rien que pour ça, ça vaut le coup de l’avoir chez soi.
Mise à jour
La remarque très pertinente d’un internaute sur l’âge de Blanche-Neige soulève un point très intéressant propre à la réécriture/adaptation des textes. En effet, après recherche, il s’avère que le texte original des frères Grimm évoque bien les sept ans de Blanche-Neige cependant, mon édition de référence (Livre de poche) présente sans conteste une jeune femme âgée de dix-sept ans... Soucieuse du détail comme je suis, je me suis lancée dans un mini-recensement des versions de Blanche-Neige et il s’avère que très souvent, dans les textes ou dans les albums de jeunesse elle a dix-sept ans. La Blanche-Neige de Disney contribue aussi à cette image d’une princesse plus âgée. Alors que penser de ce changement d’âge ? C’est sans doute le reflet des enjeux de l’adaptation des œuvres. Les jeunes filles se mariaient très tôt à l’époque des frères Grimm mais un contexte historique trop marqué peut parfois faire écran à la compréhension d’une histoire et l’on a sans doute pensé que les enfants d’aujourd’hui comprendraient mieux l’histoire de Blanche-Neige si celle-ci était plus âgée. Alors excès de bien-pensance ou adaptation nécessaire... le débat reste ouvert !



